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musique à l'église française de berne
06.12.2011 Spectacle Franz Liszt & George Sand

Pour clôturer la saison 2011 des concerts d’orgue de l’église française de Berne – année anniversaire des 20 ans de l’orgue Goll mais aussi des 200 ans de la naissance de Franz Liszt – un spectacle par Guy Bovet (orgue) et François Rochaix (narrateur) autour du voyage à Fribourg du célèbre virtuose et compositeur de génie, en compagnie de la non moins extraordinaire George Sand.

 

Ecrites entre 1834 et 1836, les Lettres d’un voyageur de George Sand emmènent leur lecteur en Italie du Nord et en Suisse. Elles racontent les préoccupations de son auteur et le voyage ne devient donc qu’un prétexte à épancher son coeur, à exprimer les débats et conflits intérieurs, la lettre, par sa forme spontanée et familière, permettant tous les développements, la fantaisie, le désordre, la variété des thèmes abordés, les ruptures de ton, les mélanges savoureux de lyrisme et d’émotion, voire d’humour et de gouaillerie.

Ecrite en 1836, la 10e lettre se situe après le procès en divorce de George Sand qui rend la séparation définitive d’avec Casimir Dudevant, mari d’Aurore Dupin, le vrai nom de l’auteure. George Sand part pour la Suisse avec ses enfants et y rejoint Liszt et Marie d’Agoult. Dans cette lettre, George Sand révèle un esprit très vif, un mélange d’humour et de gaieté facétieuse, révélateurs de sa lutte victorieuse contre les récents évènements de sa vie. Au cours d’un périple en Savoie, George Sand s’arrête à Chamonix pour y contempler le Mont-Blanc et la grandeur des Alpes avant de rejoindre Martigny et les douceurs du Rhône. Elle fera ensuite halte à Fribourg pour y découvrir l’orgue d’Aloys Mooser, considéré à l’époque comme l’un des plus beaux du monde avec ses 63 registres et plus de 4000 tuyaux.

Présent lors de la visite de Sand et de Liszt à Fribourg, c’est à un orage complet, pluie, vent, grêle, cris lointains, chiens en détresse, prière du voyageur, désastre dans le chalet, piaulement d’enfants épouvantés, clochettes de vaches perdues, fracas de la foudre, craquement des sapins, … (George Sand, lettre X) que convie l’organiste de la cathédrale, Jacques Vogt, laissant les visiteurs fort abasourdis quant aux possibilités de l’orgue. Liszt lui-même, fasciné par la magnificence de l’instrument se met au clavier pour réjouir ses amis et ravir George Sand. C’est donc une lecture musicale toute personnelle de la fin de la Lettre X d’un voyageur que proposent Guy Bovet, à l’orgue, et François Rochaix, narrateur, s’inspirant de ce texte de George Sand et le complétant par des textes d’Adolphe Pictet (1799-1875, écrivain suisse et linguiste, auteur d’une Course à Chamonix, récit de son voyage en compagnie de George Sand, de Franz Liszt et Marie d’Agout et de l’abbé Félicité Robert de Lamennais (1782-1854), écrivain et philosophe chrétien français.

Le choral de la Cantate lch hatte viel Bekümmernis de J. S. Bach – écrite pour le 3e dimanche après la Trinité et inspirée de fragments des Psaumes 42, 94 et 116, de l’Apocalypse ainsi que de textes de Salomon Franck et Georg Neumark pour les chorals – fut créée en 1714; de ses 11 mouvements, c’est le 2e qui est interprété ce soir dans la transcription de Franz Liszt.

Durant quelque 3 heures, le cycle Les Années de pèlerinage (3 ans : 1ère année en Suisse et les autres en Italie), écrit à différentes époques de la vie de Liszt, se fait l’écho des divers voyages de Liszt en ces contrées ; les noms des pièces, souvent jouées séparément, en sont les reflets immédiats : Chapelle de Guillaume Tell, Au lac de Wallenstadt, les Cloches de Genève, Les jeux d’eau de la villa d’Este, les trois sonnets de Pétrarque …) De forme et de caractère très différents, la trentaine de pièces que comprend ce cycle sont avant tout lyriques et poétiques et s’inspirent du sujets variés liés à la nature ou à l’humanité. Ce cycle préfigure la création de poèmes symphoniques dont Liszt est passé maître. C’est de la 1ère année qu’est extraite la Pastorale.

La Consolation no 5, en mi majeur, illustre l’apaisement, la sérénité, gage de l’harmonie retrouvée. L’Orage de Fribourg, de Jacques Vogt et interprété par ce dernier lors de la visite de Sand en l’église Saint-Nicolas, souleva l’admiration sans réserves du voyageur et de ses amis. Véritable attraction pour Fribourg, cette oeuvre a valu à son auteur bien des éloges, dont celui de l’écrivain Ignace Baron. Au tour de Liszt lui-même de prendre place à l’orgue et d’en faire résonner toute la magnificence à travers le Dies Irae du Requiem de Mozart, pour transporter Sand de bonheur et lui faire oublier la rigueur du temps passé, les vicissitudes endurées. La menace du Quantus tremor lui « apparut comme une promesse et accéléra d’une joie inconnue le battements de mon coeur. Une confiance, une sérénité infinie me disait que la justice éternelle ne me briserait pas … » (lettre X).

Deux pièces enfin pour conclure ce voyage à Fribourg :

  • Les Morts, écrite en 1861, deux ans après la mort du fils de Liszt, Daniel
  • Quelques fragments du poème symphonique Dante (184 7-1856) pour rappeler la précarité de la vie terrestre et évoquer, au travers de l’orgue de Mooser, l’omniprésence de « la voix du Dieu fort, et l’inspiration du musicien faisait planer tout l’enfer et tout le purgatoire de Dante sous ces voûtes étroites … » (lettre X).

 

Et pour en savoir plus sur…
Guy Bovet : guybovet.org
François Rochaix : frochaix.ch